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Depuis la France Léon XIV s’est affirmé comme une "boussole spirituelle et morale" sur la scène international

RÉFLEXION

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10/2/2026

Crédit : AFP | Simone Risoluti

Léon XIV s'adressant aux journalistes dans le vol vers l'Espagne samedi 6 juin 2026.

Depuis la France Léon XIV s’est affirmé comme une “boussole spirituelle et morale” sur la scène internationale

Le voyage du pape Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre 2026, a drainé d’immenses foules, notamment à Paris, où 800.000 personnes ont assisté à la messe célébrée sur la place de la Concorde. Au fil de son agenda intense, le pontife américano-péruvien a fait preuve de sobriété, mais aussi de fermeté dans l’approche de certains sujets délicats, comme la fin de vie – abordée à huit reprises sur 15 discours – ou la place de la religion dans l’espace public. I.Media a interrogé plusieurs personnalités sur l’impact de ce voyage, qui a été largement suivi et commenté bien au-delà des frontières françaises.

“Léon XIV est arrivé dans un moment où le monde est tourmenté, fracturé, et a besoin d’une boussole spirituelle et morale. Ces quatre jours ont montré la direction !” : pour Carol Saba, porte-parole de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, l’autorité du pape Léon XIV sur la scène mondiale sort puissamment renforcée de ce voyage historique dans l’Hexagone.

Un “pape de synthèse”

L’avocat orthodoxe apprécie ce “pape de synthèse” qui assume à la fois les héritages de la pensée sociale de Léon XIII face aux défis de la modernité, les ouvertures œcuméniques de Jean XXIII dans son désir d’unité avec le monde orthodoxe, mais aussi “la théologie de l’histoire de Jean Paul II, en considérant que le rôle de l’Église est d’agir pour la paix, notamment en se référant aux racines de l’Europe”. “Avec sa parole théologique très ciselée, il fait penser à Benoît XVI, et dans son attention aux périphéries du monde, il reprend aussi François”, remarque aussi Carol Saba.

Il salue “cette espérance que le pape a fait lever durant ces quatre jours, avec une parole très centrée sur le message d’un christianisme qui n’est pas identitaire mais qui, au contraire, ouvre à la confiance, à l’espérance, au dialogue”. “Les gens ont besoin de telles paroles car ils ne les retrouvent plus dans les discours politiques sur le continent européen. Il recherchent une parole authentique, vraie, et la parole du pape arrive dans ce momentum très particulier”, relève-t-il.

“Réveiller l’idéal européen”

Un avis partagé par l’ancien chef du gouvernement italien Mario Monti. “Avoir en ce moment un pape américain si vigoureux, qui encourage les Européens à avoir conscience de leur propre dignité et à croire en leur propre construction, qui peut servir non seulement à nous, les Européens, mais aussi à améliorer les conditions du monde, c’est un très grand message”, a-t-il confié à I.Media, quelques instants après avoir assisté au discours du Pape à Metz. Il voit dans ce voyage “une occasion de réveiller l’idéal européen”.

Sébastien Maillard, ancien directeur de l’Institut Jacques Delors, voit dans les voyages successifs de Léon XIV en Espagne et en France son souci de “revisiter les fondamentaux européens”, en invitant “à reprendre le flambeau, avec un appel à la jeunesse à s’engager pour l’Europe”, et en insistant sur l’importance du droit et de la lutte contre la désinformation.

Il remarque aussi que le pape « n’oppose pas la civilisation européenne à l’Union européenne, alors que certains bords politiques ont tendance à complètement les renvoyer dos à dos. Au contraire, il montre que l’UE est un produit de notre civilisation et qu’elle ne doit pas s’en détacher », explique l’ancien journaliste.

Bâtir une « société de paix »

Trois jours après avoir accueilli le pape pour une veillée spectaculaire au Stade de France, Mgr Étienne Guillet, l’évêque de Saint-Denis, est venu à Metz avec 12 représentants des différentes confessions présentes sur le territoire de son diocèse : des juifs, des musulmans, des sikhs, des catholiques, des orthodoxes. Il se réjouit de voir se confirmer à Metz « l’engagement des religions pour la paix, avec l’importance, contre vents et marées, de continuer à se parler, de sensibiliser nos jeunes à la rencontre ».

« Nous sommes venus pour entendre ensemble ces paroles qui nous encouragent, parce que là, on ne parle pas d’hier : on parle d’aujourd’hui et de demain, pour le 93, pour arriver à bâtir une société de paix », insiste-t-il. Plus largement, il sent que ce voyage du pape en France a permis à de nombreuses personnes d’en tirer « une jolie fierté d’être chrétien », sans pour autant se sentir supérieures aux autres. Il remarque aussi que le pape a eu « des paroles très douces et fermes à la fois », notamment sur « la fin de vie, sur l’enseignement catholique, sur la laïcité ». Pour l’évêque de Saint-Denis, « ces paroles sont très importantes, très structurantes : elles nous invitent aussi au courage et à tenir bon sur des positions essentielles pour nous comme chrétiens, mais à tenir bon dans la douceur ».

Interrogé dans la cathédrale de Metz, le cardinal Jean-Marc Aveline, président de la Conférence des évêques de France, s’est dit « touché » par la « grande ferveur » que les catholiques français ont manifestée tout au long de ce voyage. Il a souligné l’importance de recevoir le Pape en cette période, malgré la proximité des élections : « C’est maintenant que la France en a besoin », a-t-il assuré. Également interpellé par des journalistes lors de la dernière étape de ce voyage, le ‘ministre des Affaires étrangères du Vatican‘, Mgr Paul Richard Gallagher, a pour sa part relevé dans ce voyage « une grande invitation à l’unité » pour la France et l’Église de France.

L’étonnement de la presse internationale

Le premier enseignement du voyage de Léon XIV en France, relevé avec étonnement par plusieurs médias étrangers, est l’ampleur de l’accueil populaire réservé au pape dans un pays qui demeure, dans l’imaginaire international, l’un des laboratoires de la laïcité. Dès vendredi, près de 300.000 personnes se sont massées dans les rues de Paris pour son passage en papamobile, avant que 80.000 jeunes ne remplissent le Stade de France. Le lendemain, la messe célébrée place de la Concorde a rassemblé quelque 800.000 personnes, soit plus de trois fois l’assistance réunie par Benoît XVI à Paris en 2008.

En Espagne, pays visité par Léon XIV trois mois auparavant, El País parle ainsi d’un pape qui a fait « sortir dans la rue des milliers de personnes », un “fait remarquable dans un pays qui a fait de sa laïcité un drapeau”. En Italie, La Repubblica va plus loin et décrit un “accueil triomphal”, avec des foules dans les rues, évoquant, dans “la patrie de la laïcité”, les signes d’un “réveil de la dimension religieuse”.

Cette surprise est d’autant plus forte que la presse internationale souligne le paradoxe français : l’affaiblissement de la pratique catholique n’a manifestement pas fait disparaître l’attrait pour la figure du Pape ni la recherche spirituelle, notamment chez les jeunes. Le Washington Post relève que la forte mobilisation des jeunes constitue un signe de l’influence persistante de l’Église “malgré le déclin de la pratique et les tendances sécularisantes”. La presse polonaise relève elle aussi cette contradiction : l’agence catholique KAI décrit une France “fortement sécularisée”, mais où l’Église serait désormais moins une religion d’élites qu’une Église “urbaine et populaire”, notamment portée par la progression du nombre de catéchumènes adultes.

De Paris à Lourdes, puis de Lourdes à Metz, Léon XIV semble avoir bénéficié d’une double découverte : celle d’une France qui demeure profondément marquée par la laïcité, mais où subsiste une demande spirituelle que les chiffres de la pratique religieuse ne suffisent pas à mesurer ; et celle d’une France qui peut redevenir, à travers son histoire, un point de départ pour une réflexion européenne. Le voyage apparaît ainsi, vu de l’étranger, comme une séquence en trois temps : le choc populaire de Paris, le retour aux sources spirituelles à Lourdes et le message européen de Metz. Une manière, pour le premier pape américain, d’inscrire ce voyage intense dans une perpective qui dépasse largement les frontières françaises.

Musique Liturgique

Inspiration- pop Louange

paroisse Sainte Marie en Pays Rochois